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un grain de sable pour secouer la poussière...

Sahel : Chronique d’une extermination commencée

Mardi 25 Mars 2025 - 22:25


O, braves gens, méfiez-vous d’un humain qui se prend pour un autre. Dans son désir de conformité à l’idéal personnifié et d’en grimer l’ethos, le copieur peut aller loin, très loin, jusqu’à compromettre sa conscience et, s’il le faut, l’intégrité des innocents. Au Burkina Faso, Ibrahim Traoré affiche une caricature martiale de Thomas Sankara. A l’image fantasmée de son idole, naguère source d’espoir, il se maintient au grade de capitaine. Un jeune apprenti dictateur qui s’essaye à l’humilité, n’est-ce pas suspect et dangereusement prémonitoire d’une imposture ? Bref, à l’intérieur de l’ancienne Haute-Volta, le temps de l’épouvante révolutionnaire s’écoule et, parfois, stagne au fond d’une mare de sang. Il se conjugue, désormais, au présent de l’hémoglobine.

La succession des jours devient le cadre et le synonyme immuable d’une litanie d’enlèvements, de massacres et d’appels à la haine ethnique, le tout empaqueté dans la très commode lutte contre l’impérialisme et le néocolonialisme. Comme à l’époque sinistre de Sékou Touré, revoici les Peulhs désignés à la vindicte d’un tiers-mondisme éradicateur, au grief de leur présumée alliance avec l’exploiteur, l’étranger, l’envahisseur de toujours, en somme l’Autre, par quoi s’explique, peu importent les saisons et depuis des lustres, la tragédie sans cesse renouvelée du Continent. Le mythe de la cinquième colonne demeure, là aussi (et point uniquement sous les tropiques), le principal marqueur de l’inimitié en politique.

Aujourd’hui, à l’exemple de certains espaces du Mali et du Niger, le recyclage de l’antienne sanglante ne vise plus seulement des opposants, des activistes de la société civile et l’univers de la presse. Le délire glorieux des nouveaux libérateurs n’épargne les multitudes de la ruralité, quand il procède selon les critères du délit de faciès et de patronyme, à des tueries discriminatoires dont les vidéos se veulent un argument de dissuasion. Les bourreaux filment les méfaits, les commentent et diffusent, à l’envi, afin de semer la terreur parmi les terroristes et leurs éventuels soutiens. C’est un peu comme si Néron, incendiant Rome, adressait, au travers des âges, un message d’avertissement à la corporation des sapeurs-pompiers : « La pyrotechnie est un art adossé à la tyrannie et j’en administre la preuve perpétuelle » ! D’après la légende, l’empereur du feu, saisi de magnanimité, laissa, au peuple de sa capitale en flammes, le loisir de fuir, de se mettre à l’abri.

Les 10 et 11 mars 2025, les paysans Fulani des villages autour de Solenzo n’ont pas eu le loisir, certes macabre, d’assister, sans coup férir, à la destruction de leurs biens. Non, ils étaient, eux-mêmes, le bétail à abattre, l’agneau sacrificiel. Suivant une absconse inversion de la destinée, la génisse peule, du haut de son animalité placide, regardait ses propriétaires se faire occire, tantôt par balle, tantôt sous la lame tétanique d’un kandjar de boucherie. Les assassins, à moto, revendiquent l’œuvre d’assassinat et prédisent, au peuple ennemi, la certitude de son extirpation, à la racine. En Mooré, la langue des Mossi, groupe majoritaire au Burkina Faso, les miliciens de l’autodéfense qu’encadrent des officiers de l’armée, lancent, ad libitum, des formules de simplification réduisant le terrorisme islamiste, à sa déclinaison chez les Peulhs. Bien entendu, les vainqueurs du moment, perdants de demain, se gardent de relativiser l’assertion et son absurdité.

Des centaines de jeunes Burkinabés, chaque année, rejoignent les rangs du futur Califat. La plupart vont venger, un parent, victime d’une bavure des troupes régulières ou des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). L’on y compte autant de Mossi, de Songhaï, de Gourmantché, de Lobi, de Bobo, que de Touarèg, Bella, voire des Bissa et des Gurunsi en instance d’attentat kamikaze au nom de la Charia. Vous n’avez rien vu, encore…Le péril enfle et se rapproche. Son tonnerre intermittent s’entend, déjà, à la lisière du Golfe de Guinée.
 
Sans doute moins inspirées par la littérature et l’histoire - deux matières que les cuistres vomissent par-delà la disparité des latitudes et l’hétérogénéité des cultures - les juntes de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), en vertu de leur prétention d’adolescents imbus d’orgueil, tiennent, aux Africains doués de raison, un avis nimbé d’une délicate mansuétude. Ecoutez bien, suivez le raccourci et savourez-en la bienveillance infinie. En substance, nos anges gardiens d’occasion disent, à chacun de nous autres, les pauvres égarés sur le chemin de la démocratie et des droits élémentaires de l’individu, « si tu te mets en travers de la marche populiste, de la démagogie et de l’élan prometteur de l’Afrique de demain, assume ton impudence et accepte de payer la rançon de ta déloyauté. Les traîtres, nous savons les supprimer ». En comparaison, l’internationale du jihad t’offre, au moins, le choix entre l’humiliation et la conversion sous contrainte. In fine, elle te laisse la vie sauve, certes diminuée mais où persiste la possibilité d’une rédemption, plus tard, au gré de la dynamique du rapport des forces. Le rapport des forces est une matière mouvante. Elle s’inverse, cette loi de la physique que la métaphysique, d’ailleurs, n’a jamais désavouée.

Maintenant, allons scruter, de près, le fruit amer du progressisme panafricanisant ! En quelques mois d’une intense campagne de mort, entreprise au motif allégué de libérer l’Afrique des chaînes du néocolonialisme, le risque de génocide ne vient plus des combattants de l’utopie dévote mais bien des prétoriens au pouvoir. L’AES s’achemine vers la réédition de l’holocauste rwandais de 1994. Déportations en masse, spoliations, disparitions forcées, tortures, exécutions extrajudiciaires constituent les signes précurseurs de l’hécatombe. Des noirs africains éliminent des noirs africains, en silence, plutôt en famille. Entre soi, quasiment à huis-clos, la religiosité, le tribalisme, l’appétit de puissance et l’hubris de l’autorité mais, surtout, la férule d’incultes performants servent de fagot à l’embrasement qui arrive. La gerbe sera grandiose, d’un éclat inédit. Pourtant, la finalité, indicible, inavouable, les esprits lucides la perçoivent, avec sidération même s’ils répugnent à la regarder en face.

Pour la première fois après la rechute de Kaboul aux mains des Talibans, les jihadistes, visage inaltérable de la barbarie, prendront le contrôle de la capitale d’un pays, à l’Ouest de l’Afrique. Au cours de leur marche en direction du palais présidentiel et de la télévision d’Etat, les conquérants surgis du 7ème siècle de l’Arabie, piétineront des monceaux de cadavres de civils, semés, la veille, sur l’ornière d’une panafricaine débâcle, par Ibrahim Traoré et ses émules. Où s’évaderont, donc, les fugitifs, hier hérauts de la souveraineté qui bombaient le torse, défiaient le monde et tuaient impunément, à l’abri du scrupule ? Sans doute iront-ils chercher refuge en Côte d’Ivoire, la fameuse colonie sous protection - lui reprochaient-ils - de l’impérium occidental. Moscou n’est-elle pas un peu loin ?

En attendant que se réalise, à nos cœurs défendants, la sombre prédiction d’une alternance de la peste et du choléra, ni la Cédéao amputée ni l’Union africaine à peine sortie de sa mue, ne parait avoir pris la mesure de la ruine imminente. Au Conseil de sécurité des Nations unies, il n’y en a que pour Gaza et l’Ukraine. Circulez, l’Afrique nous épuise, semblent murmurer les grands de ce monde abîmé.

Alors, « Que faire ? », s’exclama l’athée Lénine, lorsqu’il surprit son épouse, de nuit, transie de piété, en pleine génuflexion, devant une icône orthodoxe….

Docteur Ousmane Dicko, mars 2025
 

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